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vendredi 19 novembre 2010

Petit Bilan

Bon alors, nous sommes le 19 novembre, il reste exactement 4 semaines avant la fin de mon stage ici à João Pessoa. C'est l'heure de faire un petit bilan.

Mes classes sont-elles satisfaites de moi? Ai-je rempli les objectifs? Je ne peux que douter, mes questions sont sans réponses pour le moment. Voyons alors classe par classe:

Module 1 semestriel (15 adultes, 3h/semaine): ceux-là, ils me faisaient très peur au début. Je me disais "mais comment je peux prétendre, moi, petite jeunette de 23 ans, d'avoir les capacités pour leur apprendre quelque chose? Maintenant, je me dis, en toute humilité, qu'ils sont ravis de m'avoir (ils m'ont déjà supplié de rester un semestre de plus, good non?). Ils savent maitenant se saluer, se présenter, présenter quelqu'un, ils connaissent les nationalités, les pronoms personnels, les verbes en "er", les nombres... Je viens de leur apprendre le futur proche et j'ai 3 semaines pour finir la dernière unité et aborder le passé-composé. C'est incroyable de se dire q'en aout, ils ne savaient encore rien de tout ça, maintenant ils on un niveau A1.1. Je suis fière!

Module 2 semestriel (7 pré-ados, 3h/semaine): ils sont jeunes, presque enfants encore. Leur méthode est différente, j'ai du bosser avec Amis et Compagnie (que je n'ai pas du tout apprécié!!) et multiplier les activités ludiques et les jeux. Une élève particulièrement m'a posé des problèmes de comportement: elle était notamment très moqueuse envers un autre élève de la classe. J'en suis venue à souhaiter qu'elle ne vienne pas, ce qui est arrivé souvent. Leur programme était particulièrement chargé, mais maintenant, ils savent indiquer une direction, présenter leur ville, décrire leur emploi du temps, les vêtements, les couleurs, les moyens de transports, les matières scolaires, les verbes pronominaux, les adjectifs et autres délices. Je vais voir si j'arrive à terminer avant pour leur proposer des activités complémentaires sur le thème de Noël.

 Module 4 semestriel (8 ados, 3h/semaine):ceux-là, on m'avait prévenu dès le début, étaient réputés difficiles. On m'a même imposé une "assistante" pour les gérer avec moi: une étudiante en français, d'un niveau plus avancé. ça a été bizarre de savoir comment gérer cette personne dans la classe, comment "l'utiliser". Pour moi c'était le monde à l'envers: je suis sensée faire un stage, mais j'ai moi-même une stagiaire avec moi. Mais au final, elle a été très utile et elle me permet d'avancer dans mon cours sans répéter 10 fois les choses. Elle met à la page ceux qui sont trop déconnectés ou ceux qui arrivent en retard (ce qui est souvent le cas au Brésil!). Tout ça pour dire qu'ils ne sont pas aussi difficiles que ça, et que même s'ils ont la fâcheuse habitude de m'interrompre dans une explication pour réclamer des jeux, je les aime bien!! Ils ont appris avec moi: les verbes pronominaux, le passé composé plus approfondi, le corps humain... et on est en train de finir avec le futur simple. A la fin, ils auront peu-être un début de A2?

Module 6 semestriel (9 ados, 3h/semaine): eux ils sont agités!!! Très gentils mais ne peuvent pas s'arrêter de parler. Ils n'étaient pas prévus au programme mais le directeur me les a confiés car les parents ne voulaient pas qu'ils aient de nouveau leur ancien prof. Vous imaginez que ça, ça ne m'a pas du tout mis la pression!! C'est incroyable comme ils peuvent être à la fois intéressés et participatifs, et à la fois aussi turbulents!! Leurs hormones les travaillent sans doute!! Avec eux, j'ai vu l'obligation et l'interdiction, les joies de l'emploi du subjonctif, le conditionnel et autres merveilles. Mais ils m'aiment bien, ils me trouvent adorable!!!


Module 9 semestriel (7 adultes, 3h/semaine): eux, dès le début ils me font peur!! Ils ont un petit niveau B2 quand même!! Et la méthode ne m'a pas beaucoup aidée, elle est vraiment désespérante et inintéressante. en plus de cela, j'étais limitée au niveau matériel parce que à cet horaire, tous les profs ont cours aussi, et tous veulent utiliser les 2 seules salles info de l'Alliance. Pas moyen d'être complètement ludique dans ces conditions. Je me suis trouvée complètement nulle à gérer cette classe, en me répétant sans arrêt comme ils doivent s'ennuyer. Mais heureusement, je finis avec une unité qui parle de l'humour et ça fait plaisir: je peux rythmer les activités en distribuant des blagues belges si je veux, et c'est ce que je fais!! Avec eux, les points grammaticaux sont plus rares  mais j'ai quand même vu certains points: aujourd'hui je vais aborder le futur antérieur.

Module 1 trimestriel (11 adultes, 4h/semaine): c'est de cette classe que je parle dans mon précédent billet, la classe supplémentaire que l'on m'a confiée, qui me pèse car je me retrouve à donner 5h de cours sans pause en une seule après-midi, mais qui me donne la chance de recommencer le même cours, en améliorant chacune de mes séances. ma seule préoccupation est de réussir à boucler le même programme que pour la classe semestrielle en 3 mois (sans compter les nombreux fériés brésiliens!!). Qui vivra verra!

Conversation niveau B1 (5 étudiants réguliers, 1h30/semaine): ce cours aussi me préoccupait au départ. comment tenir 1h30 en parlant? Comment les faire uniquement parler pendant 1h30? Mais depuis que je me suis dit que ce n'était qu'une petite réunion entre amis, ça se passe super bien et le temps passe tout seul!! Mission accomplie.

Voilà, bilan plutôt positif donc! J'espère que c'est ce que tous mes élèves pensent aussi!!
La suite au prochain épisode!

dimanche 15 août 2010

Deux semaines après...

Nous sommes le 15 aout 2010, il est 17h, cela fait maintenant presque trois semaines que j’ai changé de vie. Et (déjà ?) deux semaines de cours derrière moi, à l' Alliance française de João Pessoa, au rythme (provisoire) de 16h par semaine…  Je fais maintenant partie d’une nouvelle espèce, bien connue de nous tous, puisque longtemps étudiée, mais jamais palpée : les Fletistes (à ne pas confondre avec les flutistes, joueurs de flûtes, flûtes traversières, pipos et autres tubes troués).

Fletiste : nom générique désignant les membres d’une certaine tribu, unis par les mêmes angoisses, difficultés et préoccupations en tout genre. Leur quotidien tourne autour de notions abstraites telles que : « enseigner », « apprenants », approche actionnelle », « grammaire du français », « unité didactique », « objectif de communication », « niveau du CECR » et autres délices.
Milieu naturel : partout dans le monde, particulièrement là où ils ne connaissent personne, sont éloignés de tout ce qui leur est familier et où ils peuvent accepter des missions suicidaires. Pour ma part, ma transformation a eu lieu à João Pessoa, (petite) ville du Nordeste du Brésil, une des plus anciennes du pays, capitale de l’Etat de la Paraíba. Avec ses presque 700 mille habitants, elle représente le point le plus oriental des Amériques : le soleil se lève d’abord ici. Et ici, tous les ingrédients sont présents pour donner l’impression d’être sous les tropiques : la chaleur, l’humidité (il pleut encore pas mal, c’est l’hiver), les cocotiers, la plage à 3 minutes à pied, le sable, les brésiliens qui envahissent la maison sans que tu saches vraiment qui ils sont, la bouffe composée à 90% de riz, pâtes, haricots noirs et patates, les jus de fruits que tu ne savais même pas que ça pouvait exister, la musique super forte du voisin d’en face à 23h. Bref, pour ma part que de bons souvenirs !
Nourriture : internet, méthodes de français et bouquins divers. Comme c’est dur d’être intéressant tous les jours de la semaine, avec toutes les classes. Et le pire c’est que si tu ne l’es pas, on va te le reprocher, on pourra voir la déception dans les yeux de tes chers apprenants. Alors tu cherches, cherches des idées, partout, tout le temps, même pendant ton sommeil. Mais ça ne suffit pas : tant pis, aujourd’hui, on suivra bêtement la méthode. La méthode c’est bien : c’est un fil rouge que tu peux et dois suivre afin de remplir tous les objectifs. Les adultes l’aiment bien, et se préoccupent de bien la suivre, de faire toutes les activités proposées : « Mais professeur (oui c’est moi !), on ne fait pas les pages 14 et 15 ? ». Non Madame écrire une liste de prénoms français n’est pas une activité que je trouve intéressante. Avec les ados par contre : « Professeur, on ne peux pas faire des activités dynamiques ? ». Non mademoiselle, on ne peut pas rester 1h30 debout dans la salle de classe : il y a des moments où il faut se poser et réfléchir. « Avec notre ancien professeur, on allait faire des jeux dans le jardin », d’accord, maintenant je connais le niveau que je dois atteindre pour arriver à les intéresser. Mais il y a aussi des moments de grande satisfaction : lorsqu’une mère vous appelle pour dire que sa fille ne viendra pas mais qu’elle veut à tout prix savoir les devoirs car elle aime vraiment beaucoup les cours (YES !). Ou encore lorsque 2 jeunes filles discutent en disant « elle est pas chou la prof ? ». Enseigner : je pense que maintenant j’ai ça dans le sang. N’ais-je pas réussi à faire passer la pilule des verbes pronominaux à des ados pré-pubères plus occupés à savoir s’ils pouvaient sortir 10 minutes avant la fin ? Pourvu que ça dure !


Je vous tiens au jus !